03 11 2017

« D’or, au lion de gueules armé et lampassé d’azur »

Le musée de l’Armée conserve un ensemble d’environ deux cents modèles d’artillerie armoriés. Ces objets (récompenses particulières, insignes institutionnels ou marques de prestige militaire d’une famille), se reconnaissent aux armoiries qui les décorent. Parmi eux, deux modèles portent l’emblématique de l’Amirauté de Rotterdam. Ils sont aujourd’hui exposés dans les Cabinets insolites du musée de l’Armée.

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Modèles aux armes de l’Amirauté de la Meuse

Décor et provenance des modèles

Ces modèles présentent un très riche décor. Sur le premier renfort sont figurées les grandes armes de la province de Hollande, « d’or, au lion de gueules armé et lampassé d’azur », tenues par deux griffons et surmontées d’une couronne comtale et de deux heaumes. Outre ce blason, ces deux modèles portent sur leur volée deux ancres croisées, accompagnées des lettres A, O et M. Il s’agit du chiffre de l’Amirauté de la Meuse – Admiraliteit Op de Maeze en néerlandais – établie à Rotterdam. Le blason de la ville, poinçonné entre la volée et le renfort technique, finit de préciser l’origine de ces objets.

Le trou de lumière est orné d’un trèfle. Cet élément indique très probablement que ces deux modèles proviennent des ateliers de Johannes Specht, fondeur rotterdamois actif entre 1730 et 1763. En effet, deux modèles similaires [1], frappés aux armes de l’Amirauté et décorés de navires, portent ce même trèfle accompagné de la mention « IOHANNES SPECHT ROTTERDAM 1740 ». Ce trèfle se retrouve aussi sur certaines cloches coulées par l’artisan.

Ainsi, les deux modèles présentés dans les Cabinets Insolites du musée de l’Armée auraient été réalisés par Johannes Specht, à Rotterdam entre 1730 et 1763.

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Détail du décor du premier renfort

L’Amirauté de Rotterdam

Créée en 1575, l’Amirauté de la Meuse est la plus ancienne des cinq amirautés de la République des Provinces-Unies (amirautés d’Amsterdam, de Frise, de Zélande et de Quart-nord), administrées par un Conseil de l’Amirauté à Flessingue. Ces Amirautés disposent de leurs propres quais et chantiers navals et taxent les marchandises à l’importation et l’exportation. En 1602, les Amirautés voient naître la Compagnie des Indes Orientales, Verenigde Oost-Indische Compagnie ou « VOC ». Les deux entités vont alors gérer des flottes de guerre et de commerce au nom des Provinces-Unies, la première comme institution d’Etat, la seconde répondant à des intérêts privés.

Ce système de gestion des flottes permet un développement considérable de la puissance maritime néerlandaise tout au long des XVIe et XVIIe siècles. Au cours du XVIIIe siècle, affaiblies sur leur territoire par des guerres incessantes, les Provinces-Unies perdent peu à peu leur hégémonie maritime. En 1795, elles passent sous tutelle française et prennent le nom de « République batave ». Les Amirautés disparaissent alors au profit de la création d’une administration centralisée de la Marine, installée à La Haye [2].

Objets de prestige, ces deux modèles ont pu être offerts dans le milieu du XVIIIe siècle par l’Amirauté de la Meuse à l’un de ses administrateurs.

Louis-Marie Brulé, département Artillerie

[1] Modèles réduits de canons conservés au musée de la ville de Rotterdam sous le numéro 71549-2.A.
[2] Rudolf Dekker, Philippe Haudrère (trad.), « Note sur les arsenaux hollandais au XVIIe siècle », Dix-septième siècle, 2011/4 (n° 253), p. 691-693.

Photos © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pierre-Luc Baron-Moreau