23 12 2013

Edouard Detaille : « le souci de la vérité, la précision du métier, la conscience documentaire »

Le musée de l’Armée conserve dans ses collections le fonds d’atelier du peintre militaire Jean-Baptiste Edouard Detaille (1848-1912), légué à l’Etat à sa mort. Des premiers carnets de dessins de jeunesse aux compositions monumentales, cette collection permet de saisir dans son ensemble l’art du peintre mais également de comprendre la conception, la technique et l’esthétique des œuvres de l’artiste qui a été un des plus célèbres représentants de l’école française de son époque.

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12 570577 151x120 Edouard Detaille : « le souci de la vérité, la précision du métier, la conscience documentaire »Edouard Detaille entre dans l’atelier du peintre Ernest Meissonier (1815-1891) en 1865 ; il s’oriente alors vers le genre historique et relate les événements dont il est le témoin. Le conflit de 1870-1871 lui fournit nombre de sujets pour ses compositions et l’occasion de réaliser deux panoramas sur les thèmes des batailles de Rezonville et Champigny et en collaboration avec Alphonse de Neuville (1836-1885) [1]. Pour ces réalisations gigantesques, les deux artistes dessinent sur place et travaillent à partir de photographies. Au cours des années 1890, le peintre se concentre sur des sujets liés à l’épopée napoléonienne et à l’armée française contemporaine pour laquelle il réalise un projet de nouveaux uniformes en 1912. Ses dernières commandes sont des œuvres monumentales dont une pour la Salle du Budget de l’Hôtel de Ville de Paris. Il choisit de représenter un sujet en lien avec les armées de la Révolution et de l’Empire dont Le retour de la Garde impériale le 27 novembre 1807 [2]. Edouard Detaille a mené une carrière officielle riche en récompenses : médaillé aux Salons de 1869, 1870, 1872, 1888 ; Grand Prix aux Expositions Universelles de 1889 et 1900 ; membre de l’Institut depuis 1892 et grand officier de la Légion d’Honneur.

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Membre actif de la Société de l’histoire du costume, il s’est constitué une collection d’uniformes, équipement et harnachement dont il s’inspire pour ses compositions picturales. C’est à cette société qu’il lègue, dans son testament en date du 24 mars 1912, son hôtel particulier et tout ce qu’il contient sous condition d’en faire un lieu d’exposition. Toutefois, après quelques péripéties, la collection entre finalement au musée de l’Armée en 1915. On trouve notamment, outre des œuvres maîtresses de l’artiste, des esquisses et dessins, des armes et des uniformes ainsi que des photographies reproduisant les œuvres du peintre qu’il faisait réaliser de manière quasi systématique.

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Il faut rappeler qu’Edouard Detaille entretient des rapports étroits avec le musée de l’Armée depuis la création du musée historique de l’Armée, en 1896, par La Sabretache, société dont il est le président [3]. L’ensemble de la collection est exposé dans une salle qui lui est entièrement dédiée, au rez-de-chaussée de l’aile Orient, inaugurée le 15 avril 1916 et rebaptisée « Salle Detaille ». Celle-ci « est une des plus importantes du musée de l’Armée. Elle conserve avec piété et reconnaissance le souvenir du grand artiste dans la personnalité duquel s’est en quelque sorte synthétisée l’histoire moderne de l’Armée française » [4].

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L’œuvre d’Edouard Detaille révèle une technique méticuleuse, un sens du dessin et un souci d’exactitude documentaire. Cette précision du pinceau et cette volonté de rester fidèle à la réalité ont constitué la grande qualité de l’art de Detaille, mais aussi la principale source de critique de son art, à une époque où les recherches picturales s’orientaient vers des voies nouvelles en rupture avec l’académisme.

 

Laëtitia Desserrières, département Iconographie

 

[1] Commandées par la Société du panorama national, les deux œuvres sont réalisées en 1881 et 1882. Le Panorama de la Bataille de Champigny est présenté au public parisien en 1882, tandis que le Panorama de la bataille de Rezonville ne l’est qu’à partir de 1887, après un séjour à Vienne. Ils sont ensuite découpés en morceaux et vendus aux enchères en 1892 et 1896.

[2] Paris, musée de l’Armée, inv. 050 ; Eb 20D. Encre, fusain et gouache sur papier collé sur toile, 1898-1901. Les œuvres définitives sont mises en place à l’Hôtel de Ville en 1902. Voir Robichon François, « A propos de trois esquisses d’Edouard Detaille Bulletin de la Société des Amis du Musée de l’Armée, n°85, 1981-1, p. 89-101.

[3] Le musée de l’Armée est issu de la fusion du musée d’artillerie et du musée historique de l’Armée en 1905.

[4] Musée de l’Armée, « Collections Detaille », Bulletin des Amis du Musée de l’Armée, s.d.