30 04 2014

Le bâton de commandement de Béhanzin, roi du Dahomey. Symbole d’un roi déchu

Béhanzin n’a régné sur le Dahomey, actuel Bénin, que de janvier 1890 à sa reddition en janvier 1894. Ce roi déchu après quatre ans passés au pouvoir est pourtant, au même titre que Samory en Guinée, devenu le symbole d’une farouche résistance à la pénétration européenne.

 Le bâton de commandement de Béhanzin, roi du Dahomey. Symbole d’un roi déchuBéhanzin, qui signifie « le monde tient l’œuf que la terre désire », détenait comme tous ses prédécesseurs les insignes de son pouvoir, parmi lesquels le trône, le sabre, le parasol, mais aussi la récade, bâton de bois ou de métal. Cet objet, porté par le souverain sur son épaule gauche lorsqu’il apparaissait en public, pouvait également faire office d’attribut diplomatique : le messager porteur de la récade était alors investi de la parole du souverain qu’il incarnait. Cet objet doit son nom aux contacts étroits qui se sont établis avec le Portugal depuis le XVe siècle : en portugais, recados veut en effet dire message ou messager. Sa forme trouve son origine dans le combat historique de paysans qui utilisèrent au XVIIe siècle leurs houes pour se défendre contre l’ennemi.

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La récade exposée par le musée de l’Armée dans sa section sur l’expansion coloniale française en Afrique, provient d’un don de la veuve du capitaine Perreur, ayant résidé à Porto-Novo (ville rivale du Dahomey). Elle est en laiton et présente à chacune de ses extrémités une figure anthropomorphe. Elle a appartenu à Béhanzin, dont la déchéance marque la fin de la dynastie des rois d’Abomey. Celui qu’on surnommait le requin en raison de sa férocité a dû faire face à l’ambition colonisatrice européenne. En effet, investies d’une mission conçue comme civilisatrice envers les Dahoméens et justifiée notamment par leur pratique des sacrifices humains, les troupes françaises du colonel puis général Dodds remportent après deux ans de guerre une victoire sur les soldats du roi et son corps d’élite d’amazones. Après avoir défendu durant quatorze mois de maquis une terre réputée inaliénable par la tradition de ses ancêtres, Béhanzin est exilé en 1894, d’abord en Martinique, puis en Algérie. Il y meurt en 1906, après douze ans d’une lutte vaine pour revoir sa terre natale.

Claire-Lise Huet
Département Expert et Inventaire