06 08 2013

Les haches du régiment de Clérambault

«Le récolement est l’occasion de porter un nouveau regard sur les collections». L’assertion semble relever du lieu commun mais l’expérience en démontre le bien fondé.

13 558992 224x300 Les haches du régiment de ClérambaultL’examen des inventaires livrait plusieurs « haches de Lochaber » dont la datation s’étalait entre le XVe et le milieu du XVIIIe siècle. Mais la confrontation des pièces a révélé l’uniformité d’armes dont la fabrication pouvait être distante, théoriquement, de deux siècles et demi.
Ces haches ont un fer courbe à dos concave dont la pointe basse est rattachée à la hampe. Cette disposition se rencontre le plus souvent sur des haches appelées bardiches, une arme originaire d’Europe du Nord et de l’Est. Mais la présence d’un crochet recourbé vers l’arrière permet aussi de classer ces haches dans la famille des Lochaber, un type d’arme typiquement écossais.

13 558991 224x300 Les haches du régiment de Clérambault

Malgré quelques exemples comparables à l’étranger, ces haches hybrides semblent rares, voire absentes des collections étrangères. Lorsqu’elles ont été publiées[1], les armes illustrées sont toujours issues des collections du musée de l’Armée. Dans cet ensemble, huit armes viennent du musée de l’Artillerie, deux de la collection Pauilhac et deux de la collection de l’amateur alsacien Henri Koechlin. Ces provenances militent pour une origine française de ces haches, fait étonnant s’agissant d’une arme a priori écossaise.

13 558309 168x300 Les haches du régiment de Clérambault

Ces haches sont illustrées dans le traité des armes de Louis de Gaya[2] en 1678 (cf. photo de la planche 7). On peut y lire à ce sujet : « On se sert encore dans les sorties ou à la deffense des brèches, de Haches telles que les portoit il n’y a pas long-temps le Regiment de Clerambaud ou de Sourches, dont les fers sont extrémement larges… ». Ce régiment de « Clérambaud » est levé en 1645 par Philippe de Clérambault, comte de Palluau et prend le nom de Sourches en 1665. Le seul contact qu’aurait pu avoir ce régiment avec des troupes écossaises se situe, logiquement, en 1662.

En effet, par le traité de Paris du 23 mars 1657, Olivier Cromwell s’était engagé à fournir à Louis XIV des troupes pour affronter les Espagnols dans les Flandres. En compensation, l’Angleterre devait recevoir les villes de Dunkerque et de Mardyck. De son côté, Philippe IV d’Espagne s’adjoint l’aide du roi d’Angleterre exilé Charles II et de ses partisans. Le 25 juin 1658, la ville de Dunkerque est conquise par les Français après un mois de siège et malgré une tentative de sauvetage espagnol qui se solde par la bataille des Dunes (14 juin) durant laquelle s’affrontent les deux partis anglais. La ville est alors remise aux troupes de Cromwell. En 1662, le roi de France rachète Dunkerque aux Anglais, le régiment de Clérambault fournit alors trois bataillons pour constituer la garnison de la ville. Il est probable que ces haches aient été récupérées à cette occasion dans les magasins de la place.

Dominique Prévôt, C.E.D, département Moderne


[1] Boeheim, Wendelin, Handbuch der Waffenkunde. Seeman, 1890

Demmin, Auguste. Guide des amateurs d’armes et armures anciennes. Renouard, 1869

Macoir, Goerges. La bardiche. Note sur un fer de hache d’armes du Musée de la Porte de Hal. Annales de la société d’Archéologie de Bruxelles. 1910, n°24, p. 299-380

Seitz, Heribert. Blankwaffen, t1. Klinkhardt & Biermann, 1965

[2] Gaya, Louis de. Traité des armes, des machines de guerre, des feux d’artifice, des enseignes et des instrumens militaires. Sébastien Cramoisy, 1678