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	<title>Le blog des collectionscantinière - Le blog des collections</title>
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		<title>La vivandière et la cantinière dans les collections du musée de l&#8217;Armée</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Mar 2019 15:38:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Musée de l'Armée</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On les appelle vivandière, cantinière, blanchisseuse… Ce sont elles qui procurent aux soldats de quoi améliorer l’ordinaire, mais aussi du papier à lettre, du tabac, des lacets… Elles tiennent la buvette ambulante où l’on dépense la solde en jeux et alcools. Elles entretiennent le linge, qui doit être impeccable à la revue. En France, ces [&hellip;]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>On les appelle vivandière, cantinière, blanchisseuse… Ce sont elles qui procurent aux soldats de quoi améliorer l’ordinaire, mais aussi du papier à lettre, du tabac, des lacets… Elles tiennent la buvette ambulante où l’on dépense la solde en jeux et alcools. Elles entretiennent le linge, qui doit être impeccable à la revue.</strong></p>
<p>En France, ces métiers très proches sont longtemps confondus. Dans les pays anglophones, elles sont englobées dans le vaste groupe des « camp followers », ceux qui suivent les armées. Ces civils sont des femmes, des hommes, des enfants ; ils marchent, bivouaquent et meurent avec les soldats, mais l’histoire et les historiens, concentrés sur le récit de l’action et ses causes politiques, leur ont rarement prêté attention. Aussi les témoignages de leur existence se trouvent-ils plutôt entre les lignes de règlements dont l’objet principal est tout autre, ou à l’arrière-plan de quelque scènes de la vie militaire.</p>
<p>La plupart des « camp followers » sont des prestataires privés, qui remplissent des fonctions que l’administration militaire n’est pas organisée pour assurer, bien que des tentatives pour encadrer la fourniture aux armées aient eu lieu à plusieurs reprises dans les armées françaises. En 1653, le roi Louis XIV inscrit les vivandiers sur les registres des effectifs par régiment ; il les soumet au contrôle de police militaire assurée par le prévôt des gendarmes et tente de limiter leur nombre. Ces dispositions ne sont pas toujours suivies d’effet, sauf dans quelques unités d’élite comme les Gardes françaises, et les règlements sont souvent répétés, signe de leur relative efficacité. Il faut dire que l’État se préoccupe surtout de la survie et de l’efficacité immédiate de ses instruments de guerre, et que le temps du service empiète largement sur le temps libre. C’est pourquoi les règlements militaires ne s’attachent surtout qu’au premier, laissant à d’autres le soin d’offrir aux hommes les rares loisirs que leur laisse leur occupation.</p>
<p>Sans emploi officiel ni serment à honorer, <em>ceux qui suivent l’armée </em>doivent eux-mêmes assurer leur survie. Leur métier n’a pas sa place au regard des normes sociales et morales ; aussi sont-ils accusés des pires maux, tels que cupidité, tromperie, usure, paresse, luxure… vers lesquels ils entraîneraient les soldats. En termes de stratégie, par ailleurs, cette population mal encadrée constitue un maillon faible : leurs convois sont une cible privilégiée et leurs allers et venues fragilisent le secret militaire. Vecteur d’épidémies, ils menacent la santé des troupes. Source de distractions, ils émoussent leur combativité. Le commandement ferme pourtant les yeux sur ce mal nécessaire, car les régiments ne sont pas structurés pour prendre soin de la part d’humanité des soldats.</p>
<p>À la Révolution, afin de limiter et d’encadrer le nombre de femmes qui suivent les armées, les militaires sont autorisés à se marier sans la permission d’un supérieur, mais le succès de cette mesure fait que la situation devient rapidement hors de contrôle. Le 30 avril 1793, un décret congédie les très nombreuses femmes considérées comme « inutiles » aux armées et crée officiellement des positions de « vivandières-blanchisseuses » patentées. Quelques années plus tard, sous l’Empire, à mesure que le soldat se distingue du civil, le statut de ceux qui suivent l’armée se militarise ; les métiers se réglementent et se spécialisent. Ainsi « régularisées », les femmes aux armées peuvent prendre la place qui leur revient, dans tous les aspects de la vie militaire, dans les règlements, les cérémonies et même dans les œuvres d’art.</p>
<p>Les estampes du XIX<sup>e</sup> siècle se sont naturellement fait l’écho de la présence des vivandières au sein de l’armée. Mais, plutôt que de s’attacher à dépeindre des situations réelles, telles qu’elles ont pu être décrites dans les journaux de soldats, l’imagerie populaire a, le plus souvent, représenté les vivandières selon des stéréotypes issus de pièces de théâtre et de chansons. Les collections du musée de l’Armée contiennent un échantillon intéressant des productions de l’époque, au sein desquelles on peut discerner trois modèles féminins principaux : la vivandière, qui malgré ses conditions de vie atypiques, reste dans son rôle « naturel » de mère et d’épouse, celle qui, à l’inverse, a acquis des mœurs légères à cause de sa proximité avec les soldats et enfin, la cantinière du second empire, qui, devenue beaucoup plus présentable, est mise en avant en tant que mascotte officieuse du régiment.</p>
<h1>La mère</h1>
<p style="text-align: center"><a href="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°-Inv.-07249-9.jpg" target="_blank" rel="noopener"><img loading="lazy" class="aligncenter wp-image-3449 size-medium" src="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°-Inv.-07249-9-300x213.jpg" alt="" width="300" height="213" srcset="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°-Inv.-07249-9-300x213.jpg 300w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°-Inv.-07249-9-169x120.jpg 169w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°-Inv.-07249-9-768x545.jpg 768w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°-Inv.-07249-9.jpg 1000w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><br />
<em>L&rsquo;enfant de giberne, enfance du jeune Maurice</em>, Dembourg et Gangel, 1844 © Paris &#8211; Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël</p>
<p>La chromolithographie de Dembourg et Gangel intitulée <em>L’enfant de giberne, enfance du jeune Maurice </em>(N° Inv. 07249-9) représente une vivandière, perçue avant tout comme une mère et une épouse. Il s’agit de Madeleine, à la fois compagne de Rigault, conscrit des guerres révolutionnaires et mère du jeune Maurice. Ces personnages ont été créés en 1838 par Tournemine et Poujol dans la pièce de théâtre <em>L’enfant de giberne</em>. En 1844<em>, </em>Dembourg et Gangel réalisent une série d’estampes, inspirée de la pièce, qui illustre la vie de Maurice, né et élevé au sein de l’armée, qui connait un parcours militaire exemplaire jusqu’à devenir, une fois adulte, lieutenant au premier régiment de fusiliers de la Garde impériale napoléonienne.</p>
<p>Cette histoire s’inspire de faits réels. Il existe plusieurs témoignages attestant de l’existence de « ménages militaires », comme par exemple celui de Girault, clarinettiste de la Grande Armée. Afin de vivre une véritable vie maritale, certaines femmes, plutôt que de rester chez elle, suivaient leurs époux soldats au gré des campagnes, en subsistant grâce à leurs commerces de vivandières. Ces couples donnaient parfois naissance à des enfants qui, élevés au sein de la troupe, ne connaissaient rien du monde civil. Une fois adulte, les garçons devenaient à leur tour soldats et les filles vivandières.</p>
<h1>La femme « légère »</h1>
<p style="text-align: center"><a href="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.724914.jpg" target="_blank" rel="noopener"><img loading="lazy" class="aligncenter wp-image-3450 size-medium" src="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.724914-300x269.jpg" alt="" width="300" height="269" srcset="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.724914-300x269.jpg 300w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.724914-134x120.jpg 134w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.724914-768x688.jpg 768w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.724914.jpg 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><br />
<em>La vivandière</em>, Jean-Henri Marlet et Charles Philibert de Lasteyrie, XIX<sup>e</sup> siècle © Paris &#8211; Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël</p>
<p>A la même époque, les graveurs prennent parfois le contre-pied de ce modèle féminin idéalisé, en dépeignant la vivandière sous les traits d’une femme légère. Cette figure équivoque est notamment représentée dans l’estampe <em>La vivandière </em>(N°Inv.7249/14) de Jean-Henri Marlet et de Charles Philibert de Lasteyrie, qui se réfèrent ici au personnage de Catin. Ce dernier a été inventé en 1817 par Pierre-Jean de Béranger dans sa chanson <em>La vivandière du régiment</em>. Cette femme, aussi courageuse que familière avec les soldats, est présente dans plusieurs chansons et vaudevilles comme <em>Catin la vivandière et son grenadier. L&rsquo;Arbre de mai et la branche gauloise, ou la Colonne et l&rsquo;Arc de triomphe, dialogue entre la Grenade et Catin la vivandière </em>écrit par Pierre Gémin en 1831.</p>
<p>La figure de Catin est moins une représentation de la réalité que le reflet de la méfiance qu’éprouve une partie de  la population devant des femmes ayant des relations quotidiennes et conviviales avec les soldats. Les militaires sont eux-mêmes, à l’époque, considérés comme des marginaux. Ils forment avec les vivandières une communauté aux usages mal connus du profane, qui ne peut qu’alimenter de nombreux fantasmes.</p>
<h1>La mascotte</h1>
<p style="text-align: center"><a href="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.-2019.0.9.jpg" target="_blank" rel="noopener"><img loading="lazy" class="aligncenter wp-image-3448 size-medium" src="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.-2019.0.9-222x300.jpg" alt="" width="222" height="300" srcset="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.-2019.0.9-222x300.jpg 222w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.-2019.0.9-89x120.jpg 89w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2019/03/N°Inv.-2019.0.9.jpg 666w" sizes="(max-width: 222px) 100vw, 222px" /></a><br />
<em>L&rsquo;armée française et ses cantinières. Guides</em>, Hyppolyte Lalaisse, Frédéric Sorrieu, G. Orengo © Paris &#8211; Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Anne-Sylvaine Marre-Noël</p>
<p>Un troisième modèle émerge au Second Empire. Il s’agit de la vivandière, appelée désormais cantinière, perçue comme la mascotte du régiment. Cette représentation témoigne de la clarification progressive du statut des cantinières dans l’armée, symbolisée notamment par l’invention d’un uniforme dédié à la fonction. Loin de la vivandière dépenaillée du Premier Empire, sous Napoléon III, la cantinière apparaît jeune, apprêtée et coquette. Son uniforme est une déclinaison de celui des soldats de son régiment d’appartenance, comme le montre la lithographie intitulée <em>L&rsquo;armée française et ses cantinière, Guides</em> (N°Inv. 2019.0.9) tirée de l’ouvrage d’Hyppolyte Lalaisse <em>L’armée française et ses cantinières</em> paru en 1861. L’uniforme de la cantinière, appartenant ici aux guides de la Garde Impériale, reprend la silhouette caractéristique des soldats du Second Empire, avec sa taille très marquée et ses épaules larges, mais il est agrémenté d’attributs typiquement féminins tels que le tablier et le col de dentelle. Beaucoup plus présentable que par le passé, la cantinière est alors mise en avant dans les parades.</p>
<p>En s’attachant à représenter des caricatures de vivandières plus que des personnes réelles, les graveurs de l’époque passent sous silence les autres rôles tenus par les femmes dans l’armée. Les collections d’estampes françaises du XIX<sup>e</sup> siècle du musée de l’Armée ne présentent par exemple aucune femme combattante, bien que la présence de ces dernières, notamment dans les rangs de la Grande Armée, ait été avérée par plusieurs sources écrites.</p>
<p>Emilie Robbe, département moderne<br />
Hélène Boudou-Reuzé, département iconographie</p>
<p>————————————————–</p>
<p>Bibliographie :</p>
<ul>
<li>Jean Baechler (Sous la direction de), Marion Trévisi  (Sous la direction de) « La guerre et les femmes », Edition Hermann, Paris, 2018</li>
<li>Mihaely Gil, « <span style="text-decoration: underline"><a href="https://www.cairn.info/revue-d-histoire-du-dix-neuvieme-siecle-2005-1-page-3.htm" target="_blank" rel="noopener">L&rsquo;effacement de la cantinière ou la virilisation de l&rsquo;armée française au XIX<em><sup>e</sup></em> siècle</a></span> », <em>Revue d’histoire du XIX<sup>e</sup> siècle</em>, 2005/1 (n° 30), p. 3-3</li>
<li>Elodie Jauneau, « <span style="text-decoration: underline"><a href="http://journals.openedition.org/genrehistoire/1395" target="_blank" rel="noopener">Thomas Cardoza, <em>Intrepid Women. </em><em>Cantinières and Vivandières of the French Army</em>, Bloomington, Indiana University Press, 2010, 312 p.</a></span> », <em>Genre &amp; Histoire</em> [En ligne], 9 | Automne 2011, mis en ligne le 21 mai 2012</li>
</ul><p>The post <a href="https://collections.musee-armee.fr/la-vivandiere-et-la-cantiniere-dans-les-collections-du-musee-de-larmee/">La vivandière et la cantinière dans les collections du musée de l’Armée</a> first appeared on <a href="https://collections.musee-armee.fr">Le blog des collections</a>.</p>]]></content:encoded>
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		<title>Angélique, femme-soldat</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Aug 2016 09:29:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ravith</dc:creator>
				<category><![CDATA[collections]]></category>
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		<description><![CDATA[En uniforme et légèrement de trois-quarts, un vétéran des guerres révolutionnaires arbore sur sa poitrine la médaille de Sainte-Hélène et la croix de la Légion d’honneur. Il s’agit d’un portrait d’officier subalterne, de petites dimensions et peint sur un fond uni, comme tant d’autres au XIXe siècle. Rien d’exceptionnel si ce n’est que ce vieux [&hellip;]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>En uniforme et légèrement de trois-quarts, un vétéran des guerres révolutionnaires arbore sur sa poitrine la médaille de Sainte-Hélène et la croix de la Légion d’honneur. Il s’agit d’un portrait d’officier subalterne, de petites dimensions et peint sur un fond uni, comme tant d’autres au XIXe siècle. Rien d’exceptionnel si ce n’est que ce vieux sous-lieutenant est… une femme !</strong></p>
<p style="text-align: center"><a href="https://collections.musee-armee.fr/files/2016/07/Angelique-Duchemin-Portrait-reduit.jpg" target="_blank"><img loading="lazy" class="wp-image-2761 size-medium aligncenter" title="Angélique Duchemin, femme-soldat" src="https://collections.musee-armee.fr/files/2016/07/Angelique-Duchemin-Portrait-reduit-221x300.jpg" alt="Angélique Duchemin, femme-soldat" width="221" height="300" srcset="https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2016/07/Angelique-Duchemin-Portrait-reduit-221x300.jpg 221w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2016/07/Angelique-Duchemin-Portrait-reduit-88x120.jpg 88w, https://collections.musee-armee.fr/wp/files/2016/07/Angelique-Duchemin-Portrait-reduit.jpg 755w" sizes="(max-width: 221px) 100vw, 221px" /></a></p>
<p style="text-align: justify">Angélique Marie Josèphe Duchemin, veuve Brulon (1772-1859), nous fait face [1]. Première femme nommée Chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur le 15 août 1851, elle nous toise d’un œil sévère.</p>
<p style="text-align: justify">Née en 1772 à Dinan, petite-fille, fille, sœur puis épouse de militaire, elle est cantinière dans le 42e régiment d’infanterie avant de prendre les armes à la mort de son mari en 1792. Les guerres révolutionnaires font rage. La jeune République doit affronter les troupes de la Première Coalition [2] décidées à entraver ses ambitions expansionnistes. En ces temps agités, Angélique Duchemin se distingue en Corse contre les Anglais, notamment lors de la défense du fort de Gesco puis au cours du siège de Calvi en 1794. Gravement blessée, elle demande à se retirer aux Invalides, privilège qui lui est accordé en 1802. Elle est d’ailleurs la première femme à y être acceptée. Elle y meurt en 1859 à l’âge de 88 ans.</p>
<p style="text-align: justify">Si les femmes appartiennent pleinement à la société militaire sous l’Ancien Régime, les rôles sont clairement répartis : l’homme est au front, la femme au camp. Les bouleversements sociaux et politiques impliqués par la Révolution française facilitent toutefois des comportements transgressifs [3] : quelques femmes se travestissent et prennent les armes [4]. La République endigue le phénomène par décret dès le 30 avril 1793 : « Toutes les femmes inutiles au service des armées » doivent quitter les camps et cantonnements (Art.I). En d’autres termes, les blanchisseuses, les cantinières et les vivandières peuvent rester (Art.II) mais les combattantes sont congédiées (Art.XI). Retour à l’ordre oblige, toute confusion des genres est proscrite. Cas rare, Angélique Duchemin n’est pas inquiétée. Citée par ses supérieurs pour sa bravoure au combat, elle ne quitte le service actif qu’un an après la promulgation du décret.</p>
<p style="text-align: justify">Sa valeur n’est pourtant reconnue par les plus hautes autorités que bien plus tard. Elle est nommée sous-lieutenant invalide en 1822 sous le règne restauré des Bourbons, puis Chevalier de la Légion d’honneur en 1851 sous la présidence de Louis-Napoléon, futur Napoléon III. La médaille de Sainte Hélène, destinée aux vétérans des guerres de la République et de l’Empire, lui est remise l’année même de sa création, en 1857. C’est donc en tant qu’officier subalterne, et reconnue comme tel par l’armée, qu’elle est représentée. Ce portrait, vraisemblablement posthume et idéalisé [5], fait d’Angélique Duchemin une figure digne de rejoindre la galerie des héros de temps glorieux. Le tableautin a d’ailleurs été un temps accroché à la vue de tous dans le réfectoire des Invalides, parmi d’autres images guerrières.</p>
<p style="text-align: justify">Comme dans le décret  de sa nomination au grade de Chevalier publié dans <em>Le Moniteur</em>, tout inclinerait à croire que le sous-lieutenant Brulon est un homme [6], si ce n’est l’inscription en lettres rouges capitales qui lève toute ambiguïté sur son sexe. Le peintre craignait-il que cela nous échappe ? Il s’agit, après tout, d’une femme peu commune qui s’est affranchie des codes établis. Elle a manié des armes, usé de la violence et certainement ôté la vie, des prérogatives pourtant « naturellement » masculines [7] ou considérées comme telles en son temps. Sa condition de femme est finalement transcendée par son statut de héros. Ce portrait-souvenir lui rend hommage.</p>
<p>Clémence Laurent<br />
Département Experts et Inventaire</p>
<p style="text-align: justify">[1] Verlynde, <em>Angélique Duchemin, veuve Brulon</em>, 2e moitié du XIXe siècle, huile sur bois, 0,326 x 0,240 m (Inv.9167).<br />
[2] Les royaumes de Grande-Bretagne, d’Espagne, de Prusse, de Bohême et de Hongrie, du Portugal, de Sardaigne, des Deux-Siciles, les Provinces Unies et le Saint-Empire.<br />
[3] Dominique Godineau, « De la guerrière à la citoyenne. Porter les armes pendant l’Ancien Régime et la Révolution française »,<em> Clio. Histoire‚ femmes et sociétés</em>, 20 | 2004.<br />
[4] <em>L’inventaire des femmes soldats de la Révolution et de l&rsquo;Empire</em>, réalisé par l’Institut d’Histoire de la Révolution Française (disponible en ligne <span style="color: #0000ff"><a style="color: #0000ff" href="https://ihrf.univ-paris1.fr/enseignement/outils-et-materiaux-pedagogiques/textes-et-sources-sur-la-revolution-francaise/jean-clement-martin-femmes-soldats-de-la-revolution-et-de-lempire/" target="_blank">ici</a></span>) en recense 74 au minimum.<br />
[5] Son âge (plus de 80 ans, tout de même !) ne transparaît aucunement, ce qui n’est pas le cas d’un portrait lithographié de 1832 par Alfred-François Lemoine, certainement « d’après nature » et qui a pu inspirer Verlynde.<br />
[6] « Brulon (Angélique-Marie-Joseph [sic]), sous-lieutenant invalide : compte 7 années de service effectif, 7 campagnes et 3 blessures. S’est distingué [sic] plusieurs fois notamment en Corse en défendant un poste contre les Anglais, le 5 prairial an II [juin 1794] », <em>Le Moniteur</em>, 19 août 1851. L’erreur est corrigée deux jours plus tard.<br />
[7] « Gardons-nous d’intervertir l’ordre de la nature ; elle n’a point destiné les femmes à donner la mort ; leurs mains délicates ne furent point faites pour manier le fer, ni pour agiter des piques homicides. », propos du député Dehaussy-Robecourt devant l’Assemblée législative le 6 mars 1792.</p>
<p style="text-align: justify">© Paris &#8211; Musée de l&rsquo;Armée, Dist. RMN-Grand Palais image musée de l&rsquo;Armée</p><p>The post <a href="https://collections.musee-armee.fr/angelique-femme-soldat/">Angélique, femme-soldat</a> first appeared on <a href="https://collections.musee-armee.fr">Le blog des collections</a>.</p>]]></content:encoded>
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