Le blogdes collections

13 03 2018

L’obusier de 105 mm HM2 : un best-seller américain au musée de l’Armée

En 2000, le musée de l’Armée dévoilait ses nouvelles salles dédiées à la Seconde Guerre Mondiale où le public peut voir présentées différentes pièces d’artillerie de la période, dont un obusier de 105 mm HM2, déposé par le musée de l’Artillerie de Draguignan. Matériel emblématique de l’artillerie américaine de la Seconde Guerre mondiale aux années 1970, l’obusier de 105 mm HM2 s’est exporté aux quatre coins du monde. Facile à produire et à mettre en œuvre, il a été utilisé jusque dans les années 1990, malgré des défauts qui ont mis un terme à sa production dès 1953.

Doter l’armée américaine d’une pièce d’artillerie performante

Lors de la Première Guerre mondiale, faute de pièces d’artillerie performantes, les Américains utilisent des canons français et anglais, notamment des canons de campagne de 75 mm modèle 1897. A la fin de la guerre, en 1918, les Etats-Unis créent le Calibre Board, aussi appelée Westervelt Board, une commission chargée de tirer les enseignements du conflit en ce qui concerne l’artillerie. Cette commission procède également à des évaluations tactiques et techniques afin de formuler des recommandations permettant le développement et l’amélioration des futurs matériels d’artillerie de l’armée américaine.

17 635114 300x262 L’obusier de 105 mm HM2 : un best seller américain au musée de l’Armée

Parmi ces conclusions, le Calibre Board préconise la mise en service de nouveaux obusiers, dont un de 105 mm destiné au soutien de l’infanterie et à la destruction d’ouvrages légers de campagne. Si les plans de l’obusier sont prêts dès 1928, il faut attendre 1939 pour qu’il soit mis en production dans les ateliers du Rock Island Arsenal. Le nouvel obusier, appelé 105 mm HM2 (pour 105 mm Howitzer[1] model 2), est mis en service en 1940. Maniable et facile à mettre en œuvre, cette arme est utilisée sur tous les fronts de l’armée américaine : guerre du Pacifique (1941-1945), opérations en Europe (1941-1945), guerre de Corée (1950-1953) et guerre du Viêt Nam (1955-1975). En 1948, il est utilisé par près de 60 pays, dont la France. En effet, les troupes françaises partent en Indochine (1946-1954) équipées d’armes américaines, dont des 105 HM2. Elles alignent 24 obusiers de ce type lors de la bataille de Dien Bien Phu (13 mars-7 mai 1954), qui ne suffisent cependant pas à repousser l’ennemi.

Un arrêt de la production qui ne remet pas en cause l’utilisation de l’obusier

Après avoir été fabriqué à plus de 10 000 exemplaires, la production de l’obusier 105 mm HM2 est arrêtée en 1953. En effet, malgré sa maniabilité et sa simplicité d’utilisation, cet obusier présente trois défauts majeurs :

  • son poids de plus de deux tonnes le rend difficilement aéroportable,
  • son tube court limite sa portée à 11 km au maximum,
  • et son amplitude de tir réduite ne lui permet pas de rivaliser avec ses équivalents adverses.

Un nouveau cahier des charges, mis au point en 1955, permet la conception d’un obusier moins lourd, car fabriqué en aluminium, et surtout capable de tirer à 360° : l’obusier de 105 mm HM102 (ou Howitzer M102). En outre, son calibre similaire lui permet d’utiliser les mêmes munitions que le 105 HM2. Il entre en service en 1966.

Du fait de son importante production entre 1939 et 1953, l’obusier de 105 mm HM2 continue d’être utilisé jusque dans les années 1990. Dans l’armée américaine, il est utilisé parallèlement à l’obusier de 105 mm HM102 lors de la guerre du Viêt Nam.

En France, au-delà des champs de bataille, s’il a servi à tirer les traditionnels 21 coups de canons sur l’esplanade des Invalides lors l’investiture présidentielle française de François Mitterrand en 1981, l’obusier de 105 mm HM2 est également utilisé pour l’entraînement des futurs artilleurs jusqu’au début des années 2000.

MA Blog Sainte Barbe2017 300x200 L’obusier de 105 mm HM2 : un best seller américain au musée de l’Armée

Ce matériel d’origine américaine a tout naturellement trouvé sa place dans les démonstrations de tirs réalisés à l’occasion de la Sainte Barbe les 16 et 17 décembre 2017, qui avait pour thème cette année les relations franco-américaines.

Cyrielle Daehn
Assistante de conservation, département Artillerie

[1] Terme anglo-saxon pour désigner un obusier.

Photo 1 : l’obusier de 105 mm HM2 dans le département consacré aux deux guerres mondiales © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Fuzeau
Photo 2 : démonstrations lors de la Sainte Barbe 2017.