18 06 2014

« Académie de l’Espée », par Girard Thibault d’Anvers : un traité d’escrime hors norme !

L’exposition Mousquetaires ! a permis à la Bibliothèque de présenter au public l’un de ses plus beaux fleurons : le monumental traité d’escrime de Girard Thibault d’Anvers (v. 1574-1627), Académie de l’espée, publié à Leyde (Pays-Bas) par les frères Bonaventure et Abraham Elzevier en 1628 [1].

Ce grand in-folio (0,56 x 0,41 m) soigneusement restauré avant exposition, est relié en plein parchemin, avec un décor estampé sur les plats et le dos, et orné de 46 planches doubles pages (ou tableaux) gravées en taille douce. Seize artistes graveurs renommés collaborèrent à sa réalisation. L’ouvrage, auquel Girard Thibault, maître d’armes néerlandais, né à Anvers vers 1574, consacra une grande partie de sa vie, est l’expression la plus aboutie de l’escrime espagnole, considérée comme une science mathématique. Lors d’un séjour en Espagne, où il s’initie à la pratique espagnole de l’escrime, suivant l’enseignement des maîtres Jeronimo Sanchez de Carança.et Luis Pacheco de Narvaez, il développe sa théorie, basée sur le « cercle mystérieux » dans lequel évoluent les escrimeurs.

Thibault dAnvers pl. 9 300x213 Académie de l’Espée, par Girard Thibault d’Anvers : un traité d’escrime hors norme !

Une histoire mouvementée

L’ouvrage est entré dans les collections de la Bibliothèque en janvier 1965. Il faisait partie des rares livres issus de la collection de Georges Pauilhac (1871-1958), acquise par le musée de l’Armée en 1964. Plusieurs ex-libris apportent des informations sur les anciens propriétaires. Sous le frontispice et sous le colophon, figure celui, manuscrit, de Guyon de Sardière, bibliophile, dont la bibliothèque fut vendue en 1760 [2]. Sur le contreplat supérieur, se trouve celui imprimé aux armes de « Franciscus Praepositus [Franz Töpsl]. In Polling. Anno 1744 ». Franz Töpsl (1711-1796) qui est, à partir de 1744, abbé de l’abbaye augustinienne de Polling, en Bavière [3], donna à sa bibliothèque une extension exceptionnelle. En 1803, l’abbaye fut sécularisée et les 80 000 volumes de la bibliothèque dispersés. Une inscription manuscrite, sur la contregarde inférieure, datée du 20 avril 1763, du chanoine Gerhor Steigenberger (1741-1787), bibliothécaire de l’abbaye, confirme, selon toute vraisemblance, sa présence à la bibliothèque à cette date.

Ex libris Töpsl 197x300 Académie de l’Espée, par Girard Thibault d’Anvers : un traité d’escrime hors norme !

Les pérégrinations du recueil, ébauchées grâce à ces marques d’appartenance, ajoutent encore de l’intérêt à cette « merveille typographique artistique », selon les termes d’Egerton Castle [4], historien de l’escrime.

 

Michèle Mezenge,

Chargée d’Etudes Documentaires, Bibliothèque.

 

[1] Académie de l’espée de Girard Thibault d’Anvers, où se démonstrent par reigles mathématiques sur le fondement d’un cercle mystérieux la théorie et pratique des vrais et jusqu’à présent incognus secrets du maniement des armes à pied et à cheval.., Leyden, B. et A. Elzevier, 1628, Inv. 4764, Po 2852, Fa 63.

[2] Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. M.J.B. Denis Guyon, Chev. Seigneur de la Sardiere, ancien Capitaine au Régiment du Roi,

… 1759, p. 41, L’Académie de l’espée porte le n° 405.

[3] Lebédel Claude, « Fonction et rôle des bibliothèques des abbayes bavaroises », Dix-huitième siècle, 2007, no 39, p. 285-302.

[4] L’escrime et les escrimeurs depuis le Moyen-Age jusqu’au XVIIIe s… Paris, Ollendorff, 1888.